L’étude des conditionnements est très utile en TCC (voir Les TCC qu’est-ce que c’est ?) car elle permet de comprendre comment faciliter l’acquisition de bonnes habitudes et l’extinction de mauvaises habitudes (voir Qu’est-ce qu’une habitude ?), y compris en addictologie.
Cependant, il existe une erreur très fréquente que même les professionnel·les font. Elle porte sur le renforcement négatif qui est parfois assimilé à une punition, alors qu’il s’agit exactement du contraire. Pour comprendre de quoi il retourne, il faut comprendre les bases des conditionnements (voir Qu’est-ce qu’un conditionnement ?).
Les 4 possibilités d’action
On peut résumer l’effet d’un stimulus (non neutre) selon un tableau avec 4 possibilités de conséquences:
| Renforcement Négatif Suppression d’une conséquence négative | Renforcement Positif Ajout d’une conséquence positive |
| Punition Négative Suppression d’une conséquence positive | Punition Positive Ajout d’une conséquence négative |
Un renforcement est ce qui augmente la probabilité d’apparition d’un comportement associé.
Une punition est ce qui diminue la probabilité d’apparition d’un comportement associé.
Pour retenir, on peut utiliser l’aphorisme mathématique: « Les amis de mes amis sont mes amis, les ennemis de mes ennemis sont mes amis » : + et + font +, – et – font +, plus de positif est positif, moins de négatif est positif.
Notes:
Cette notion de positif et négatif se retrouve dans les symptômes positifs d’une maladie et les symptômes négatifs: rien à voir avec un côté agréable ou désagréable mais avec l’apparition ou la disparition d’un élément.
Par exemple dans la schizophrénie : les hallucinations sont un symptôme positif (pas agréable, mais en plus par rapport à la population non atteinte de schizophrénie), et le retrait social est un symptôme négatif (quelque chose en moins).
Renforcement ou punition est le terme qui va indiquer l’effet. S’il n’y a pas d’effet, ce n’est ni un renforcement, ni une punition, c’est un stimulus neutre.
Le renforcement va participer au maintien du comportement. Le renforcement négatif correspond au retrait d’un stimulus aversif, ce qui augmente la probabilité du comportement. C’est pour ça qu’il ne faut surtout pas parler de renforcement négatif pour une punition: c’est le contraire!
Exemples de situation
Une même situation peut être ambivalente et présenter des renforçateurs et des punitions.
Cas d’addiction à l’alcool
| Renforcement Négatif Suppression d’une conséquence négative Je bois → Je suis anesthésié·e, je ne ressens plus mes émotions désagréables → C’est mieux, je recommence. | Renforcement Positif Ajout d’une conséquence positive Je bois → Je suis détendu → C’est mieux, je recommence. |
| Punition Négative Suppression d’une conséquence positive Je bois → Je n’arrive pas à faire ce que je veux faire le lendemain → Je n’aime pas, je n’ai plus envie de ça. | Punition Positive Ajout d’une conséquence négative Je bois → Je suis malade, j’ai mal à la tête → Je n’aime pas, je n’ai plus envie de boire |
Dans la pratique, on regroupe généralement les punitions, qu’elles soient positives ou négatives, car c’est aversif. Une punition diminue la probabilité d’apparition du comportement.
Un enfant qui perturbe la classe en faisant le clown
| Renforcement Négatif Suppression d’une conséquence négative Je m’ennuie → Je fais le clown → Je ne m’ennuie plus, je veux recommencer | Renforcement Positif Ajout d’une conséquence positive Je m’ennuie → Je fais le clown → Je m’amuse, je ne suis plus seul·e, je veux recommencer |
| Punition Négative Suppression d’une conséquence positive Je m’ennuie → Je fais le clown → Je suis mis à l’écart pendant un temps (time out), je n’ai pas d’attention, je n’aime pas | Punition Positive Ajout d’une conséquence négative Je m’ennuie → Je fais le clown → Je dois recopier des lignes, je m’ennuie, je n’aime pas |
Attention, l’utilisation des punitions doit être faite avec des précautions car elle peut entraîner des conséquences très négatives, surtout avec les enfants. Dans cet exemple l’enfant à qui on a donné à copier des lignes pourrait se rebeller encore plus, en vouloir à la personne qui l’a puni, sans remettre en cause son comportement, se braquer, et avoir encore plus de mal à corriger son comportement. Nous y reviendrons.
Utilisation concrète
L’analyse va permettre d’aider à mettre au jour les comportements qui vont maintenir les comportements problématiques et entraver les comportements souhaitables mais aussi l’inverse. Ensuite on pourra venir développer les stratégies qui vont dans le sens des comportements désirés, entraver les stratégies pénalisantes, et acquérir, si besoin de nouvelles stratégies pour renforcer les comportements souhaités.
Cette analyse peut être réalisée par soi-même, mais aussi avec l’aide de professionnel·les, psychologues ou psychiatres, formé·es aux TCC. On peut aussi l’utiliser dans le cadre de l’éducation et de la parentalité avec les enfants.
Dans la pratique, on va privilégier généralement le renforcement, car la punition peut avoir des effets indésirables et ne suffit souvent pas à installer un comportement alternatif.
En effet, les punitions présentent d’avantage de risques: peur, anxiété, frustration, comportements d’évitement et parfois agressivité. Plus généralement, le fait que ne pas devoir faire quelque chose n’indique pas ce qu’il faut faire, ainsi les punitions ne fonctionnent pas sur les comportements complexes (on peut apprendre à ne pas marcher sur une plaque électrifiée mais ça ne nous apprend pas grand chose d’autre). À long terme, elles peuvent entraver les apprentissages. Elles sont donc à éviter autant que possible. Parfois, les conséquences aversives surviennent naturellement (comme la gueule de bois après une consommation excessive d’alcool). Lorsqu’elles sont mises en place, comme avec les enfants, elles devraient être limitées au maximum, bien dosées (pas trop fortes afin de ne pas susciter de rejet, trop faible elles n’auront pas d’effet) et être très rapprochées temporellement du comportement indésirable. Dans les contextes de châtiment corporel, la littérature moderne associe aussi la punition à des risques de violence et de détérioration de la relation éducative (voir Violences Éducatives Ordinaires (+conférence)).
Autant que possible, il faudrait viser des renforçateurs, en particulier positifs: l’apport de quelque chose perçu comme positif par la personne, une conséquence agréable. Il est important de noter qu’un renforçateur peut être interne, et c’est même mieux: si on ressent de la joie à pratiquer une activité, si intrinsèquement (on appelle cela la motivation intrinsèque) on arrive à travailler en se disant et en ressentant profondément « je suis heureux·se de pouvoir apprendre/travailler », alors il n’y a pas besoin (et au contraire pourrait être un frein quand elle entre en concurrence avec une motivation intrinsèque déjà présente) de récompense externe quand on a réussi à travailler.
Conclusion
Comprendre les conditionnements, l’apprentissage par association, nous permet de nous faciliter la vie, de mieux prendre soin de nous, littéralement de nous soigner dans certains cas.
Les mots et les concepts qui sous-tendent ces mécanismes sont importants à connaître car ils nous montrent comment nous pouvons agir sur nous-même.
Bibliographie
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Deci, E. L., & Ryan, R. M. (2008). Favoriser la motivation optimale et la santé mentale dans les sociétés individualistes et collectivistes. Canadian Psychology. https://selfdeterminationtheory.org/SDT/documents/2008_DeciRyan_CanPsy_French.pdf
Skinner, B. F. (1953). Science and Human Behavior. https://www.bfskinner.org/wp-content/uploads/2014/02/ScienceHumanBehavior.pdf
Scott, H. K., Jain, A., & Cogburn, M. (2023). Behavior Modification. In StatPearls. StatPearls Publishing. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK459285/


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